Comme une impression de censure

♦️Le 25 mars 2026, la mairie de La Garde annule l’exposition consacrée à Romain Berger qui devait s’ouvrir le 28/04/2026 à la Galerie G.

La Galerie G est une structure municipale dédiée à la promotion de l’art contemporain dans le cadre de la politique culturelle de la Ville.

Programmée depuis plus d’un an, contractualisée, et déjà annoncée, l’exposition est annulée à un mois de son ouverture.

♦️Pourquoi ?

Romain Berger a toujours eu le soutien de ses interlocuteurs de la Galerie G. Le coup d’arrêt a été signifié par la Direction Générale des Services Politiques Publiques.

Aucune raison ne figure dans le courriel adressé à Romain Berger. Des échanges officieux évoquent la crainte de « donner une image sulfureuse à l’électorat conservateur ».

Au-delà des conséquences matérielles et morales pour l’artiste,

au-delà de la nature potestative de la décision,

au-delà de la brutalité du revirement des édiles,

au-delà de leur motivation inavouée,

on peut regretter de leur part une telle résolution, prise aux dépens de la création artistique, celle-là même qu’ils veulent soutenir.

Frileux au point de renier leurs propres choix ? Présomptueux jusqu’à se faire arbitres des élégances ?

♦️ La question est surtout celle-ci : si l’art a une fonction, est-elle de plaire, voire de complaire ?

Que redoute-t’on dans le travail de Romain Berger : son caractère sulfureux ?

Plus précisément :

  • la nudité ? Doit-on alors censurer Phidias et ses disciples ? Le Christ en croix sans pagne de Michel-Ange (Bargello à Florence) ? L’origine du monde de Courbet ?
  • l’érotisme ? Que penser des multiples versions de Saint-Sébastien ? De la Madeleine en extase de Caravage ? De l’Olympia de Manet ?
  • l’homosexualité ? Quid de Gabrielle d’Estrées et une de ses soeurs ? Le bain des hommes nus de Dürer ? Les représentations de Zeus et son amant Ganymède, Apollon et Hyacintthe, Achille et Patrocle ?

Il est ici utile de rappeler que de nombreux musées offrent à voir des oeuvres qui vont au-delà, avec des références au viol (le verrou de Watteau, l’enlèvement des Sabines, le rapt d’Europe, …) et l’inceste (Loth et ses filles).

Romain Berger pourrait presque paraître timide en comparaison.

♦️ Romain Berger s’impose pourtant depuis plusieurs années comme un artiste à part entière.

Dans un décor néo-pop aux couleurs saturées et mises en scène élaborées, Romain Berger manie la dérision pour mieux servir son sujet : la solitude dans une société à la dérive (objetisation des individus, règne de l’apparence, sur-consommation, …). Souffrance et outrances. Une oeuvre acerbe.

Son travail laisse entrevoir, à travers ses angles de vue tels des plans de cinéma, son univers premier : la video.

On ne peut s’empêcher d’y déceler également une filiation avec la peinture flamande :

  • scènes de genre : intérieurs domestiques, vie quotidienne,
  • lumière précise et latérale qui cisèle l’espace autant qu’elle l’éclaire,
  • attention portée aux textures, netteté des détails, choix des matières pour leur réaction à la lumière,
  • composition quasi géométrique, frontale et dense pour un ensemble cohérent et posé,
  • un réel dépeint avec précision, ancré dans le quotidien, mais extrêmement mis en scène, cadré et isolé,
  • une impression de temps ralenti, de scène figée.

Une originalité, une esthétique et une profondeur qui ont appelé Romain Berger à exposer en France et à l’étranger.

♦️Romain Berger : une oeuvre à découvrir ailleurs qu’à La Garde ♦️

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